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Tout se joue avant… ou réflexions sur la petite enfance

Je suis foncièrement fascinée par l’être humain. Tout ce qui concerne sa psychologie, ses interactions avec son environnement, avec ses pairs, avec lui-même, son cheminement… mais pour moi, la base de tout ça est la petite enfance. Je crois profondément que tous les êtres humains naissent avec ce que j’appelle un « terrain », c’est-à-dire des fragilités et des forces qui lui viennent d’avant sa vie, d’avant le petit zygote qu’il a été au début, dans le ventre de sa mère. Ce que son environnement (qui se compose principalement des personnes qui lui procurent ses soins de base) lui insuffle ensuite formera plus particulièrement la personne qu’il va devenir. Je crois même que c’est cet environnement qui sera le plus déterminant quand à sa vie d’adulte.

Lors d’une formation du Dr. Pierre Lévesque sur la nature et la culture de l’être humain, donnée l’an dernier à St-Jean-sur-Richelieu, j’ai appris que le système limbique, siège de la mémoire affective et des émotions, n’est plus malléable passé les 3 ans, elle devient comme plastique. C’est donc pour dire l’importance que prend tous les gestes que nous posons qui renforcent l’attachement et la confiance entre notre petit et nous, ses parents. Voici un extrait du Concept du continuum qui exprime bien ce que je veux dire, extrait tiré des pages 108 – 109:

La crainte de déplaire à sa mère est de plus en plus forte. Le mécontentement de celle-ci est alimenté par un nombre croissant d’attitudes comme celles où il lui tire les cheveux, gaspille sa nourriture, bave sur ses vêtements (et curieusement, elle se fâche davantage quand il en salit certains que d’autres), lui met les doigts dans la bouche, tire son collier, jette le hochet ou l’ours en peluche en dehors du landau ou renverse sa tasse sans le faire exprès.

Il peut difficilement associer les réactions de sa mère à toutes ces actions. Il n’a pas remarqué que la tasse tombait; il ne comprend pas ce qui provoque tant de colère lorsqu’il tire son collier; il ne réalise pas du tout qu’il bave; et il comprend à peine que, lorsqu’il renverse son bol de porridge pour attirer l’attention, cela suscite la mauvaise sorte d’attention.

Cependant, il sent que cela vaut mieux que rien et il continue à frapper l’ustensile qui devra dorénavent lui mettre la nourriture en bouche. Lorsque sa mère tente de le nourrir à la cuillère, il agite les bras, se débat et crie pour rendre cet événement plus satisfaisant. Là aussi, il désire retrouver la plénitude: la présence de sa maman, sa nourriture et lui-même. Mais malgré ses nombreux signaux, il n’y parvient pas. Ceux-ci transforment l’attention de sa mère en une sorte de rejet qui, en son temps, lui sera plus facile à interpréter que se sepiternel oubli dans lequel on l’abandonnait, au début de sa vie. Déjà, il a appris que la vie était synonyme d’oubli et de désir. Il n’a jamais rien connu d’autre. Selon lui, le Soi désire et attend; l’Autrui refuse en ne réagissant pas ou en s’opposant. Bien que cette conviction dure toute sa vie, elle peut passer inaperçue pour la bonne et simple raison qu’il ne peut concevoir d’autre type de relation de Soi envers Autrui.

Je ne crois pas qu’il faille avoir peur de tout l’impact de ce que nous faisons avec nos tout-petits, par contre. Il est clair que si l’amour et le respect son omniprésents dans la relation parent-enfant, tout est pour le mieux. Il ne faut pas oublier que nous avons tous nos propres blessures, vulnérabilités, notre propre entourage, éducation aussi. L’idéal reste quand même d’être totalement ouverts à notre instinct, communément appelé « coeur », qui ne nous trompe jamais sur les gestes à poser, en toute situation.

Je pense que, malgré tout, il reste important de mentionner que, pour moi, ces « blessures de la petite enfance » sont probablement irréversibles et très répandues, c’est sûrement pour cette dernière raison que nous en faisons si peu de cas d’ailleurs. Qui ne ressent pas ce vide intérieur et n’essaie pas de le remplir (société de consommation…)? Qui a entièrement confiance en soi? Ces troubles sont maintenant la « normalité ».

Je dis irréversibles parce qu’on ne peut plus reformer les chemins qui sont indélébiles, dans le système limbique. Par contre, je crois que nous pouvons développer des mécanismes qui nous aide à vivre avec nos blessures et vulnérabilités. Tout n’est donc pas perdu pour nous et nos enfants (parce que je ne crois pas qu’avec la société dans laquelle nous évoluons, il soit possible d’avoir une « éducation » parfaite…). Il suffit d’aller prendre conscience de ces bobos pour commencer… je suis d’ailleurs une éternelle optimiste et je crois qu’il y a toujours moyen de transformer ce qui nous habite en forces…

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Et vous? Réalisez-vous l’impact qu’ont vos choix, vos agissements, vos propres blessures, votre propre éducation, sur vos enfants? Et en tant qu’enfant maintenant grand, voyez-vous ce qui vous a malencontreusement blessé, avez-vous conscience de ces vulnérabilités qui sont vôtres? Vous sentez-vous généralement coupable par rapport à vos enfants ou vous arrivez à voir votre impact dans un cadre plus large et de réaliser que l’amour et le respect qui sont présents sont plus important que tout?